Paul GILLES dit "Laviolette", avocat sous la Commune

Publié le par Ferréol

Histoire de Paul Félix GILLES dit "Laviolette" (1840-1919), appelé également Paul LAVIOLETTE

 

Mon ancêtre, mon arrière-arrière-grand-père côté paternel plus précisément, a eu un parcours très intéressant. Récit :

Un père absent dès la naissance :

Il naît le 10 juillet 1840 à Lubersac (Haut-Vienne) de Léonard Aîmé GILLES, absent lors de la naissance, et de Jeanne Elisabeth COUVIDOU (c.1811-1885) originaire de Limoges et issue d'une famille de porcelainiers. Un jugement du tribunal civil de Limoges du 1er août 1860 déclare l'absence du père. Le 2 avril 1861, un jugement civil a lieu entre Antoine BERNARD et Paul GILLES dit "Laviolette" : "Antoine Bernard a prêté à Laviolette père une somme considérable pour l'achat d'un terrain et la construction d'une maison. A la mort de Laviolette qui était propriétaire en fait, son ex-femme et Laviolette fils (adultérin) réclament leur héritage." Antoine BERNARD fera appel de la décision du tribunal.

(à lire ci-dessous : mes recherches sur le père de Félix Laviolette)

Le devenir du bachelier :

Paul GILLES devient bachelier ès lettres à Paris le 16 novembre 1863. Du 10 juin 1865 au 1er novembre 1867 il sera répétiteur au Lycée Louis Le Grand. Le 7 mai 1866, il est bachelier en droit. Il devient avocat et s'inscrit au barreau de Limoges. Le 4 septembre 1870, suite à la chute de Napoléon III, la IIIe République est proclamée. Un décret du 29 septembre 1870 le nomme procureur de la République à St-Yrieix-la-Perche, poste qu'il refusera. Membre de la l'Association Internationale des Travailleurs (appelée également la Première Internationale), il crée une société populaire à Limoges. En 1870 il s'inscrit au barreau de Paris.

Portrait de Paul LAVIOLETTE

Portrait de Paul LAVIOLETTE

L'avocat et la Commune de Paris :

Le 30 octobre 1870 a lieu une grande manifestation qui donne lieu à la prise de l'hôtel de ville de Paris. Vingt-deux membres de l'extrême-gauche seront poursuivis lors d'une audience des 23 et 24 février 1871 au cours desquelles Paul LAVIOLETTE assiste le journaliste Pierre VESINIER (qui lui dédicera un exemplaire de son Histoire de la Commune de Paris). Tous les accusés seront acquittés à l'exception de Gustave LEFRANCAIS.

Le 18 mars 1871 éclate la Commune de Paris. La Société populaire de Limoges créée par Félix LAVIOLETTE adresse une lettre de félicitation aux communards. Fin mars, Paul LAVIOLETTE est membre du comité électoral républicain du Vie arrondissement de Paris et sa signature figure au bas d’une affiche recommandant quatre candidats pour les élections du 26 mars.

Le 20 avril, il se présente au tribunal pour défendre deux officiers fédérés accusés d'avoir refusé de marcher à l'ennemi.

"Il pose alors les conditions suivantes : « considérant qu’il est indispensable pour arriver à la manifestation de la vérité que les accusés passent même devant une cour martiale, aient un délai moral suffisant pour faire choix d’un défenseur et préparer leurs moyens de défense ; considérant qu’il est prescrit par le droit naturel et écrit que les accusés soient prévenus vingt quatre heures à l’avance du jour où ils passent en jugement ; qu’ils doivent aussi recevoir vingt-quatre heures à l’avance la signification du rapport des faits à eux reprochés ; considérant que ces règles doivent être observées même dans un temps de révolution et devant un tribunal révolutionnaire, puisqu’elles sont la sauvegarde des accusés ; Par ces motifs, -surseoir au jugement… ». La cour rejeta ces conclusions, quoique fort peu exigeantes. Une suspension d’audience fut néanmoins accordée pour que les défenseurs, Mes LELENNIER et LAVIOLETTE, pussent conférer avec leurs clients ; mais, pour rattraper le temps perdu, le président-colonel, à la reprise de l’audience, fit observer que les plaidoiries devaient être sommaires et courtes comme la procédure. Somme toute les malheureux patients ne furent condamnés qu’à la prison. out n’était pas fini ; la Cour furieuse contre LAVIOLETTE, qui avait osé poser des conclusions subversives, résolut de se débarrasser de lui, en le mettant à l’ombre ; elle le fit arrêter et conduire à l’Hôtel de ville devant le Comité du Salut public ; R… s’y trouvait heureusement ; LAVIOLETTE, sous l’Empire avait plaidé pour lui et, comme d’habitude, en matière politique, son client n’avait nullement songé qu’il pouvait être son débiteur. « Citoyen, lui dit-il, je crains que vous ne vouliez me payer mes honoraires d’une singulière façon ; » R… se prit à sourire et fit relâcher le jeune avocat."

Henri DABOT, griffonnages d’un bourgeois du quartier latin : 14/5/1869-2/12/1871

Par la suite, Paul LAVIOLETTE continuera à se présenter devant la cour martiale de la Commune pour assurer la défense de personnes poursuivies.

Le 26 mai 1871, la Commune de Paris tombe sous les balles des Versaillais. Paul LAVIOLETTE continue son oeuvre et assiste des communards comme le racontent certains auteurs :

à la barre se voyait une foule d’avocats de mérite, qui étaient tous venus se mettre à la disposition des accusés, sans autre mobile que celui d’arracher ces malheureux aux rigueurs excessives de la Justice militaire, justice implacable et sans merci : c’étaient les BOYER, les BIZOL, les MANCHOUX, les DUCOUDRAY, les LAVIOLETTE et tant d’autres

SERNIN-CASTEX, La femme d'un déporté de 1871, grand roman historique)

Et cependant combien peu d’avocats faisaient leur devoir [...]. A part quatre ou cinq exceptions, DUPONT DE BUSSAC, LAVIOLETTE, BIGOT [...] les défenseurs festoyaient avec les officiers

LISSAGARAY, L'histoire de la Commune de 1871

Devant les conseils de guerre versaillais, il assistera un certain nombre de communards plus ou moins connus : Alfred-Edouard BILLIORAY, Marie BONNARD, FERRAT, Émile FORTIN, Marguerite GRAINDAIRE, François JOURDE, KADANSKI, et notamment Louise MICHEL comme le reporte Edith THOMAS (Louise Michel, pages 140 et 141). Le 19 décembre 1871, alors qu'elle va être transférée de prison, elle envoie à l'abbé FOLEY la copies de toutes les lettres quelle a écrites depuis son arrestation et lui demande de les transmettre à deux avocats parmi lesquelles Paul LAVIOLETTE. Le 20 décembre 1871 elle adresse une lettre distincte à Paul LAVIOLETTE. De ces échanges, Paul LAVIOLETTE conservera un manuscrit non publié de Louise MICHEL.

Suite de l'histoire de Paul LAVIOLETTE :

Le 15 juillet 1873, Paul LAVIOLETTE entre au Grand Orient de France et poursuit, sans grands heurts, sa carrière d'avocat. Le 10 août 1872, il avait épousé à Paris Thérèse VIDIER, fille de Pierre VIDIER négociant et d'Anne LANNE, native de Lempdes (Puy-de-Dôme). Le mariage ne pouvant donner d'enfant viable, le couple adoptera en 1887 Léa Emma POMMIER née le 22 août 1884 à Freneuse (Yvelines). L'adoption ne sera finalisée que le 26 octobre 1905 suite à un arrêt (sûrement de la Cour d'appel de Paris). Le 20 mars 1909, sous le nom de Marie-Thérèse Léa Emma Claire GILLES dit LAVIOLETTE, elle épouse son cousin issu de germain Marius BILLY, avocat au barreau de Clermont-Ferrand. (lire l'article sur la famille de ce dernier : les BILLY, plâtriers à Clermont-Ferrand)

Paul LAVIOLETTE décède le 10 février 1909.

Paul LAVIOLETTE en robe d'avocat

Paul LAVIOLETTE en robe d'avocat

Nous avons le regret d’apprendre la mort – qui vient seulement de nous être annoncée – de M. Paul GILLES-LAVIOLETTE, avocat à la Cour d’appel de Paris, décédé le 10 février courant, en son domicile, 83, rue de Rennes, dans sa soixante-dix-neuvième année. D’origine provinciale et issu d’une famille fort modeste, M. GILLES-LAVIOLETTE était venu à Paris, avant même d’avoir conquis le grade de bachelier. Avec beaucoup de vaillance et un persistant labeur, il put terminer ses humanités et faire ensuite son droit, tout en remplissant, en raison de la modicité de ses ressources, les fonctions de maître d’étude au lycée Louis-le-Grand, dont plusieurs élèves, placés sous sa surveillance, étaient devenus, plus tard, ses confrères au barreau, confrères parmi lesquels nous citeront notamment M. Julien LAVOLLÉE, qui en avait conçu pour lui et lui en témoigna toujours un profond sentiment de gratitude et d’estime. M. GILLES-LAVIOLETTE, qui s’était fait inscrire fait inscrire au tableau de l’Ordre, en 1870, a beaucoup plaidé devant les conseils de guerre à la suite de l’insurrection communiste de 1871. Il appartenait au groupe des amis politiques de GAMBETTA avec qui il était personnellement lié. Fils de ses œuvres, il a montré ce que peuvent un travail un acharné et une volonté indomptable, car, avec une courageuse patience, il était parvenu à surmonter toutes les difficultés et à se créer au palais un emploi important. Fréquentant assidûment les audiences, où l’appelaient ses nombreuses occupations, il poursuivit activement sa longue carrière jusqu’en 1908, époque où, affecté de la cataracte, il dut renoncer à l’exercice de sa profession et de se retirer du monde judiciaire où il avait vécu les meilleurs jours de son existence et dont il conservait les plus chers souvenirs. A partir de ce moment, il ne fit plus que quelques rares apparitions dans la salle des Pas-Perdus où il aimait retrouver ses contemporains, dont l’aimable causerie le distrayait un peu de la désolante inaction à laquelle l’avait condamné sa cruelle infirmité. Il voulut jusqu’à la fin rester fidèle à l’Ordre en continuant de figurer au tableau, pour maintenir les liens corporatifs qui le rattachaient à ses confrères. Ceux-ci, d’ailleurs, n’étaient pas indifférents à ce témoignage de constante fidélité, et lui réservaient l’accueil le plus empressé et le plus cordial dans les réunions annuelles –auxquelles il manquait rarement de prendre part – où l’Ordre s’assemble pour choisir son bâtonnier et les membres de son conseil de discipline. M. GILLES-LAVIOLETTE était le beau-père de M. BILLY, l’un des membres les plus distingués du barreau de Clermont-Ferrand, et qui a été mobilisé pendant route la durée de la guerre. [...].

Article publié à sa mort

Henri-Ferréol BILLY

Mots clés : généalogie ; Limoges ; Commune de Paris ; 1871 ; avocat ; tribunal ; Louis MICHEL ; Pierre VESINIER ; Paul Laviolette

 

Pour aller plus loin :

Commenter cet article

Aredius44 02/10/2016 10:55

Bonjour,

Je vous cite et "pointe" dans http://saintyrieixlaperche.wordpress.com

Merci pour vos pages

Henri-Ferréol BILLY 02/10/2016 20:04

Bonjour et merci ! Mon "enquête" sur son père devrait également vous intéresser : http://histoire-et-genealogie.over-blog.com/2016/09/ou-est-l-ancetre-perdu.html

eugène 05/05/2015 08:32

Protot, ministre de la justice sous la Commune:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Eugène_Protot