Faut-il lire Jean DEBORDES ? (partie 3)

Publié le par Henri-Ferreol BILLY

Après avoir présenté DEBORDES dans une première partie et nous être interrogés sur ses objectifs dans une deuxième, voyons les points posant problème dans les écrits de DEBORDES à travers quelques exemples.

Couverture du temps des passions

Couverture du temps des passions

Le massacre des noms de famille

L'utilité de vérifier ses sources et de les confronter, c'est aussi le moyen d'éviter de faire des erreurs bêtes, comme de mal orthographier les noms de famille. Dans la première partie j'ai signalé l'ancien maire de Gannat Félix MIZON transformé en "MIGEON". Dans un paragraphe de 5 pages, il réussira l'exploit de maltraiter une dizaine de noms de familles en donnant même deux orthographes différentes au nom de famille de la même personne sans réussir à donner la bonne... On retrouve le même problème à d'autres endroits. C'est clairement une preuve de manque de sérieux et aussi d'une absence de réflexion dans l'écriture.

Les informations invérifiables

Dans ce même chapitre, DEBORDES affirme que les FTP étaient soûls un matin vers 10 heures quand ils ont arrêté plusieurs personnes. Ayant étudié l'affaire, je n'ai trouvé cette informations dans aucun témoignage. Même dans ceux des proches enlevés par les FTP... Un détail, mais d'où l'importance de donner ses sources.

Sur d'autres faits (la morts de trois FTP à proximité d'Ebreuil le 18 juillet 1944), il parvient à se contredire d'un ouvrage à un autre en écorchant un nom de famille qui était bon dans un ouvrage mais en pas dans l'autre. C'est le risque quand on raconte trop d'histoires différentes...

Autre lieu, autre fait, autre date (chapitre sur Montord, Paroles de résistants). Sa source ? Un homme qui avait 10 ans pendant les faits qui ont eu lieu de nuit. Ce qui veut dire qu'il s'agit d'un témoin indirect et dont les souvenirs ont pu évoluer... Le nom du maquis donné est faux : Casanova au lieu de Dionnet. Les FTP serait venus chercher un container parachuté contenant de l'argent. Si tel avait été le cas, il était destiné à une autre formation mais surtout y'avait-il encore des parachutages à destination des maquis : nous sommes mi-août 1944, le 15 août a lieu le débarquement de Provence, les Alliés ont sûrement d'autres préoccupations à ce moment-là ? L'information n'est pas questionnée... Elle devrait car un témoignage recueilli en 1945 dira qu'ils étaient juste venus chercher des pommes de terre et du vin... C'est certes moins mystérieux et moins vendeur.

Encore de quelques anomalies ("Résistance à Gannat", L'Allier dans la guerre). Le maquis Marceau est indiqué comme existant en janvier 1944. Or, il a été créé en juin. PERRIN et BUGEHON sont notés comme ayant été arrêtés par la gendarmerie en janvier 1944. Or, c'est quatre mois plus tôt qu'ils ont étés.  Un des hommes cités dans le chapitre aurait été conseiller municipal au même des faits. Or à l'époque c'est une délégation spéciale qui présidait aux destinés de la ville de Gannat, et, à notre connaissance, cet homme n'a pas été conseiller municipal, du moins pas avant guerre. 

Nous n'avons ici donné que quelques exemples.  Mais le manque de rigueur est patent.

Un écrivain objectif ?

Comme nous l'avons indiqué, DEBORDES voulait rétablir les faits. Dans Paroles de résistants il dit avoir adopté la "règle de l'objectivité et de la transparence". Dans Le temps des passions, il le répète : "je me suis efforcé d'être objectif". Hors, quand comment être objectif quand on manque de rigueur dans sa démarche ? De toute façon, est-il possible d'être objectif quand on fait une démarche historique ?

Sur l'objectivité, on peut lire l'article de Gérard NOIRIEL sur le sujet :

Pourquoi DEBORDES met-il l'objectivité en avant dans ses tomes I et II ? Parce que ses ouvrages ont suscité beaucoup de critiques et d'interrogations. Le président de l'ANACR intentera même un procès contre lui. Et c'est bien normal quand on note le manque de rigueur que nous avons constaté. De plus, DEBORDES s'est violemment attaqué à la résistance communiste. Ainsi il parle des "assassinats qui, sans raison, furent l'oeuvre des maquis FTP. Eux seuls se conduisirent en ces occasions comme des voyous". Oui, les FTP étaient majoritaires dans l'Allier, il est donc "normal" que la majorité des exactions aient été commis par des FTP. Étaient-ils les seuls à en commettre ? Ils suffit de regarder à peine plus au sud pour voir les exécutions commises dans le nord du Puy-de-Dôme par les Truands qui étaient des MUR... Ouencore de voir les exactions du maquis Police MUR dans la forêt de Tronçais. Ou de parler du capitaine "Georges" et de sa bande arrêtés justement par les FTP parce qu'ils terrorisaient la région de l'Allier dans laquelle ils sévissaient.

Au final, que dire sur DEBORDES ?

Ses écrits contiennent beaucoup d'informations. Trop et en conséquence non vérifiées, non comparées et non évaluées. Aucune rigueur dans la méthode employée et aucune "objectivité" possible.

Bref, si le lecteur pourra y trouver beaucoup d'informations, mais il faudra garder de la distance avec les écrits et si possible chercher des données ailleurs.

NOTA : suite à un contact, une quatrième partie va suit

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