La bataille de Broût du 29 août 1944

Publié le par Henri-Ferréol BILLY

Fin août 1944, face à la pression des troupes alliées et des FFI, les troupes allemandes refluent.

Les 25 et 26 août 1944, des troupes FFI, parmi lesquelles la Compagnie FTP Marceau, font leur apparition à Gannat, mais doivent se replier les 27 et 28 août 1944 devant le passage d'une très importante troupe allemande, elle même talonnée par les FFI du Puy-de-Dôme.

Broût-Vernet

Le 28 août, le camp FTP Barbusse attaque des colonnes allemandes à Saulzet.

Le 28 août au soir, les allemands quittent définitivement Gannat et prennent la direction de Moulins.Une estafette allemande précédant le convoi est abattue à proximité de l'auberge de l'étang du Vernet. Les allemands décident de bivouaquer. Ils traversent Broût et s'installent dans le bois Bournat.

La bataille de Broût du 29 août 1944 :

Le lendemain 29 août, vers 16h15, le 3e bataillon nord-africain, également appelé Colonne Rapide Eynard, et composée d'environ 220 hommes se présente à Broût. Ils attaquent les allemands et ne se replieront que vers 21h30 face à l'agressivité de leurs adversaires. Quelques jours après les combats, les habitants trouveront le corps d'un des hommes de la CR Eynard tombé au combat : Amar BEN MESSAOUD.

 La C.R. EYNARD, qui colle à l'ennemi, renforcée par les escadrons de Gardes stationnés au nord-oust de Vichy, et le commando américain qui a déjà participé au combat de St-Flour, réussit en fin de soirée, dans une brillante charge à la baïonnette, des tirailleurs du Cdt CHOUAN, à prendre le flanc et à stopper une contre-attaque allemande lancée sur Broût-Vernet

Compte-rendu de l'Etat-Major FFI

Le 29 août au soir, les allemands repartent et apparemment en direction de la forêt de Marcenat où se trouvaient d'autres troupes allemandes. Avant de repartir ils font sauter le pont d'Aubeterre, près de l'étang du Vernet qui permettait jusque là aux FTP de la Compagnie Marceau de mener des excursions sur la Route Nationale 9.

Des hommes de la Compagnie Marceau ont également participé aux combats. Ce sont ainsi une quinzaine d'hommes menés par le Commissaire aux Opérations de la Compagnie Victor COUSIN dit "Lucien" (38 ans) qui attaquent les allemands en soutien de la CR Eynard à proximité de l'étang du Vernet. Ils laisseront deux hommes sur le terrain : THIERRY dit "l'aviateur", chef du premier corps-franc et le jeune Georges BILLY dit "Radis" (18 ans) qui faisait partie du groupe commandé par le sergent Georges LAURENT dit "Damiette" (26 ans).

Photographie de Georges BILLY prise en juillet 1944 à Bellenaves

Photographie de Georges BILLY prise en juillet 1944 à Bellenaves

Il habitait avec sa famille l'ancienne Cité Ste Marie. Adolescent, il fut bouleversé par la vie difficile de cette époque où le patrimoine national pillé par l'occupant nazi provoquait dans de nombreuses familles des privations très dures. Il était révolté par l'attitude des miliciens et du régime de capitulation de PETAIN. Dès l'âge de 17 ans, il participa avec ses aînés aux distributions de tracts, au collage d'affiches qui appelaient à la Résistance. Au début de 1944, il est soldat combattant volontaire de la résistance du 4ème bataillon des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF). Parti en groupe sur le territoire de la commune de Bayet avec six camarades sous le commandement du sergent LAURENT dit « Damiette », le jeune BILLY dit « Radis » devait opérer contre une colonne allemande qui circulait sur la route nationale N°9 entre Broût-Vernet et Bayet. En position d'attaque dans un fossé bordé d'une haie et voyant s'approcher une auto-mitrailleuse ennemie, il fit feu sur le conducteur, mais à ce moment, repéré par le mitrailleur du véhicule, il reçut une rafale de mitrailleuse qui l'a tué sur le coup. Les camarades camouflés à distance n'ont pas été découverts malgré la colonne allemande qui suivait. Le jeune BILLY espérait capter cette auto. C'était le 29 août 1944.

Tract de 1966 du cercle de la jeunesse communiste de Cusset

Plaque apposée sur la commune de Bayet en mémoire de Georges BILLY

Plaque apposée sur la commune de Bayet en mémoire de Georges BILLY

Les combats de la forêt de Marcenat :

Les combats se poursuivent le lendemain dans la forêt de Marcenat où les troupes allemandes se sont concentrées. Combien sont-ils ? les chiffres avancés par différents sources donnent des résultats assez énormes (entre 5.000 et 15.000 !), ils devaient sûrement être environ un milliers mais, ils sont appuyés par des blindés.

Le 30 août ils continuent d'être attaqués par les troupes FFI : la CR Eynard, le groupe MUR Didier, les MUR de la zone 17 (Puy-de-Dôme), les camp FTP Barbusse et Drouillat et la Compagnie FTP Marceau.

Le groupe MUR Didier note :

28-29-30 août – engagements violents du groupe à Broût-Vernet, à St-Didier-en-Rollat et dans la forêt de Marcenat, position de repli des troupes allemandes. Combats violents dans la région de la ferme St-Gilbert à la lisière de la forêt de Marcenat. L'adjudant [Jacques] DESCRIAUD du groupe est tué par une rafale de mitrailleuse [le 30 août à l'âge de 45 ans à St-Didier-la-Forêt1]. 3 hommes sont blessés par des balles ou des mortiers. Le combat étant soutenu, l'ennemi décroche à la nuit et se repli sur Loriges après avoir subi des pertes sensibles [...] 

Rapport du lieutenant-colonel PRIVAT

Le camp FTP Drouillat a mené une opération les 27 et 28 août dans la forêt de Marcenat, où se trouvait un important de dépôt d'essence allemand. Ce dépôt explique la présence massive d'allemands jusqu'au 31 août, date à laquelle ils continuent leur repli.

Dimanche matin [27 août] un groupe de 13 hommes est parti pour cherche un dépôt d'essence qui devait se trouver dans la forêt de Marcenat (Allier). Un groupe de FFI s'y trouvait sous le commandement de JOLY de Commentry. Les recherches faites en commun furent infructueuses. Pour notre part, 1.800 litres de Gazoil furent chargés sur notre camion.
Sur le chemin du retour, alors que nous nous dirigions sur Loriges (Allier) nous nous sommes trouvés tout à coup avec les boches à la sortie de la forêt.
Sans hésitation nous avons attaqué bien que le groupe de FFI de Commentry se soit enfui dès le premier coup de feu, abandonnant tout son matériel et deux de ses hommes dont un muni d'un FM.
Après un feu nourri, nous avons réussi à faire faire demi-tour à 27 camions boches. Nous nous sommes retirés peu après ayant réussi à sauver nos deux voitures dont le camion de gazoil. Les chauffeurs de Commentry étant partis, c'est un des nôtres qui a réussi sous le feu de l'ennemi à sauver une de leurs « tractions ».
A la tombée de la nuit, le chef des FFI qui avait groupé quelques éléments est venu retirer son FM et ses hommes afin de les faire coucher dans un grange. (Je vous laisse juge de ce fait).
Le lendemain [28 août] vers 14 heures, nous avons jugé nécessaire de quitter les lieux, mais notre camion faisant trop de bruit, il nous a été impossible de traverser les lignes boches.
Nous nous sommes mis en « civil » à Paray-sous-Briailles (Allier). Les armes ont été confiées à deux camarades qui sont restés pour les garder car pour le moment il nous est impossible de les passer, les boches se trouvant au nombre de 15.000 dans St-Pourçain et ses environs.
Nos hommes ont montré un ordre impeccable en se repliant. Deux d'entre eux qui manquaient à l'appel ont rejoint le groupe de Commentry et ont rejoint à l'heure actuelle.
D'après les habitants du pays, les boches ont eu cinq morts et plusieurs blessés qu'ils ont ramassé sur la route après notre départ.

Compte rendu du camp Drouillat

Après le départ des allemands de la région de St-Pourçain-sur-Sioule, les combats se concentreront autour de Moulins.

Pour commémorer la bataille de Broût, la municipalité fera apposer une plaque au bois Bournat et une plaque (ci-dessous) sera installée dans l'église de Broût.

stèle posée dans l'église de Broût-Vernet

stèle posée dans l'église de Broût-Vernet

Mots clés : Résistance ; libération ; département de l'Allier ; FFI ; FTP ; Francs-Tireurs et Partisans ; Broût-Vernet ; Gannat ; forêt de Marcenat ; août 1944 ; 1944 ; maquis ; camp Dionnet ; camp Dionnet-Marceau ; Compagnie Marceau ; Georges BILLY ;

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