Oradour-sur-Glane, la mémoire

Publié le par Henri-Ferreol BILLY

Au delà des faits, se pose la question de la commémoration.

Assez rapidement, des photographies seront prises puis des images tournées dans le village martyr comme en témoigne la vidéo de l'INA.

Les ruines sont classées monument historique en 1946 et conservées. Les familles survivantes sont installées dans des baraques en bois à proximité du village martyr avant qu'un village ne soit reconstruit.

Différentes associations de victimes se créent à la sortie de la guerre (cf. l'article de Pascal PLAS).

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La question de la mémoire va se retrouver intimement liée aux procès qui auront lieu et dans lequel seront notamment impliqués des "malgré-nous" alsaciens à la sortir de la guerre et dès 1946. Va ensuite s'ouvrir en 1953 le procès de Bordeaux.

Le 12 janvier 1953, après une instruction qui a duré près de neuf ans, le procès s’ouvre enfin devant le tribunal militaire de Bordeaux. Instruction difficile, faute de preuves précises, absence de responsables et, bien sûr, amnésie des accusés.
Sur 65 identifiés, 21 se présentent, la plupart en prévenus libres. Il y a 7 Allemands dont un adjudant, et 14 Français alsaciens dont un sergent engagé volontaire. Tous font partie de la sinistre division Das Reich, mais aucun officier. Le Commandant Diekmann est mort en Normandie. Le Capitaine Kahn a disparu en Suède. Le Général Lammerding a repris son métier à Dusseldorf. Intouchable, en zone d’occupation britannique, il se permet même d’envoyer une lettre au tribunal pour innocenter ses hommes : «ils n’ont fait qu’obéir aux ordres». [...]
Le 13 février 1953, le tribunal rend son verdict. D’abord les Allemands, l’adjudant est condamné à mort ; pour les autres, un est acquitté, cinq sont condamnés à dix et douze ans de réclusion. Le sergent alsacien, engagé volontaire, est condamné à mort. Les 13 autres alsaciens ont des peines de cinq à huit ans de prison. Ce jugement ne satisfait personne. A Oradour, on est accablé, écœuré. Les familles restent avec leur douleur, malgré tous les témoignages de sympathie arrivés de toute la France. En Alsace, la presse prend fait et cause pour les Malgré-nous, ce qui poussent les parlementaires à voter le 21 février une loi d’amnistie pour gracier les 13 condamnés alsaciens au nom de l’unité nationale. Le jour même, ils quittent la prison, libres, ainsi que les six soldats allemands ayant déjà accompli leur peine ; quant aux condamnés à mort, ils furent graciés quelques temps après.

http://www.anfmog.fr/histoire-proces.html

La décision est un choc pour les familles des victimes 

Dès que l’amnistie fut connue, elle provoqua évidemment dans tout le Sud-Ouest, une vague de mécontentement explosive bien compréhensible.

Renvoi de la Légion d’Honneur et de la plaque commémorative offerte par le général De Gaulle le 4 mars 1945, interdiction aux représentants gouvernementaux d’assister à des manifestations officielles à Oradour, affichage à l’entrée du village du nom des députés ayant voté l’amnistie, refus de transférer les cendres des victimes dans l’ossuaire, refus de la citation à l’ordre de la Nation.

André Kieffer, L’Ami hebdo, 2005, p. 57

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Entre les familles des victimes et les représentants de l'Etat, la réconciliation ne se fera jamais totalement.

Le projet d'un centre de la mémoire est présenté en 1989 au président de la République. Il sera finalement inauguré en mai 1999. Le centre présente une exposition permanente consacrée au massacre et constitue le lieu d'accès au village martyr.

Actuellement, c'est malheureusement la question de la décence qui se pose comme le montrent deux articles récents :

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