"Histoire interdite" ou histoire biaisée ?

Publié le par Henri-Ferreol BILLY

En matière d'Histoire, certaines chaînes télé achètent des documentaires aux titres tapageurs. La série (5 épisodes) de "Histoire interdite" entre dans cette catégorie déjà avec le titre de la série. L'utilisation du mot "interdite" nous renvoie vers l'idée qu'on nous cache des choses, thématique reprise dans les titres des épisodes avec les mots "caché" (2 fois) et "secret" (3 fois). Comme qui dirait "on ne nous dit pas tout".

Initialement, c'est un épisode de la série qui a attiré mon attention. Celui intitulé "la face cachée [forcément] de la libération de la France".

Après quatre années d'Occupation, la Libération est un épisode de joie et de fierté dans l'histoire du pays. A travers les témoignages de protagonistes, ce documentaire est l'occasion d'évoquer le courage de certains, comme les résistants Pierre Héraud et Madeleine Riffaud, mais aussi l'attitude de certains Français, sans oublier les règlements de comptes.

https://www.programme-tv.net/programme/culture-infos/r296150-histoire-interdite/6596274-la-face-cachee-de-la-liberation-de-la-france/

L'épisode (1h43 quand même) est en fait découpé en trois parties. Une première est consacrée à Pierre HÉRAUD, la deuxième à Madeleine RIFFAUD et la troisième à l'épuration, avec l'exemple de l'Institut Dentaire.

Dans la première partie, le fait que Pierre HÉRAUD (qui n'a pas de dossier d'homologation FFI déposé à Vincennes) est un résistant gaulliste est signifié à plusieurs reprises à l'auditeur. Il s'agit d'un illustre inconnu à côté de celle qui est interviewée dans la deuxième partie : Madeleine RIFFAUD.

 

Elle est connue comme résistante FTP et militante communiste. Mais cela ne transparaît absolument pas du reportage ! Ni le mot communiste ni le mot FTP ne sont prononcés à son sujet ! 

Ce choix éditorial, on le comprend rapidement quand on passe à la  troisième partie qui, pour traiter de l'épuration, évoque un seul cas, à savoir l'Institut Dentaire de Paris-13e où des FTP se firent eux-même justice. Le reportage s'appuie sur le livre de BERLIERE et de LIAIGRE (dont le travail est parfois critiqué, comme ici) et met en avant que les bourreaux étaient communistes (répété à plusieurs reprises).

Que retiendra de ce reportage une personne "lambda" ? Un simple schéma qui se résumera en "gentil résistant gaulliste" versus "méchant résistant communiste". Alors que l'histoire de la Libération est beaucoup plus compliquée que ça. Sur l'épuration, on peut prendre l'exemple du Puy-de-Dôme où il y a eu presque deux fois plus de victimes de l'épuration que dans l'Allier, alors que les MUR étaient majoritaires dans le premier département et les FTP dans le second... Dans l'Allier, un maquis a procédé a des exactions semblables à celles de l'Institut Dentaire, sauf qu'il s'agissait d'un maquis MUR et composé en majorité de policiers... 

Bref. De par le choix éditorial fait, la vision donnée de la Libération est complètement biaisée à des auditeurs qui n'auront pas le recul nécessaire.

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