Les FTP-MOI de Commentry

Publié le par Henri-Ferréol BILLY

Les allemands ont monté une grosse opération anti-résistance le 22 juillet 1944 à Commentry qui n'a jamais été étudiée en détails. Elle concerne une formation des FTP dont le nom n'est évoquée que dans les seuls ouvrages de Georges ROUGERON (L'histoire de Commentry et des Commentryens, 1987 ; p.118 et Quand Vichy était capitale, 1983 ; p.431) : le camp FTP Müller-Chancot.

L'histoire du camp Müller-Chancot :

Les fondateurs du Groupe Franc Tireur sont les nommés FELIN Kosturakn, les frères CUPIAL Jean et François KASMARECK qui dès 1942 commencèrent les opérations militaires dans les mines des Ferrières puis en août 1943 je pris contact avec ces résistants qui formaient le 1er noyau des Francs-tireurs et partisans de Commentry avec LAJARGE Paul et MARQUET.
Recrutement : recrutement dans le milieu ouvrier (surtout minier) Français et étrangers – ainsi que paysans par la suite -recrutement suivant les directives par groupes de trois, recrutement dû à l'enthousiasme créé par notre action contre l'ennemi.
Extension : au début nous avons pris contact par le Puy-de-Dôme, un camarade nous donnait les instructions en venant de Riom (Maurice CLEMENT dit « Jagey »). En septembre 1943, nous avions trois détachements de huit hommes (très actifs) qui formaient la Cie Müller puis le recrutement s'intensifia en fin 1943 et l'effectif doubla ce qui permettait le 13 avril 1944 de former le camp Chancot avec une direction de commandement pour 15 groupes.

Historique du camp Müller-Chancot rédigé par Elie MARCHAT

Le camp Müller-Chancot, formation issue de de la 3ème compagnie FTP de l'Allier, dont le chef de camp était Élie MARCHAT (41 ans), comprenait 10 groupes et était divisé en 3 campements répartis entre les 5 sections ou détachements (voir la carte plus bas) :

       -un campement au « Chabinsous » (il s'agit du lieu-dit Chabanson, commune de Commentry) qui comprenait la 1ère section et dont la direction était composée de François KACZMARECK, Commissaire aux Effectifs (29 ans), Casimir CUPIAL, Commissaire à l'Organisation (27 ans) et Boleslas SKWERES, Commissaire Technique (33 ans) ;
           -un campement à « Chancot » (il s'agit du lieu-dit Chancaud, commune de la Celle) qui comprenait les 2e, 3e et 4e sections. Ce campement de Chancot, formé le 15 avril, devait être campement principal ce qui explique que le camp Müller ait également été appelé camp Chancot ;
           -un campement à « Caffi » (il s'agit du lieu-dit Caffit, commune de la Celle) qui comprenait la 5e section.

Les FTP du camp Müller-Chancot pouvaient compter sur l'appui de la communauté polonaise très représentée à Commentry.

S'adressant aux immigrés, en mai 1943, étaient répandus dans les quartiers polonais de Commentry des tracts de l'Organizacia Pomocy Ojczynie (Organisation d'Aide à la Patrie) ; 250 perquisitions furent effectuées par la Police française qui soupçonnait [à raison] les Polonais d'être à l'origine des attentats par explosifs, en novembre 1943.
Dans le courant d'avril 1944 se trouva constitué, par la rencontre de plusieurs organisations politiques culturelles et mouvements de Résistance le Polskiego Wyzwo-Liena Niepodleglosciewy (Comité Polonais de Libération Nationale), dans l'obédience du Gouvernement de Lublin, et qui s'occupa du recrutement des F.T.P. parmi ses nationaux [...]

Georges ROUGERON, L'histoire de Commentry et des Commentryens, 1987, p.118

De facto, les FTP comptèrent de nombreux polonais dans leurs rangs, notamment le camp Chauvet. Cependant, malgé leur combativité, ils seront congédiés à la Libération par la direction des FFI comme l'indique l'historique du camp Drouillat : « les volontaires Polonais d'ailleurs très combatifs furent renvoyés par le colonel COLLIOU, sur Montluçon où ils furent libérés ». Une des formations FTP de l'Allier, sur laquelle nous n'avons aucune autre information, était dénommée Camp MOI polonais de l'Allier ou détachement Dombrowski, du nom de Jaroslaw DOMBROWSKI, communard polonais tué le 23 mai 1871 à Paris.

Le principal évènement que subira le camp Müller-Chancot est l'action allemande du 22 juillet qui entraina une dispersion des groupes composant le camp.

L'action des allemands du 22 juillet 1944 :

Cette action est la conséquence de l'arrestation le 19 juillet de François KACZMARCK, un des membres fondateurs du camp FTP Müller-Chancot et le CE du campement du Chabanson. Il est arrêté « à son domicile 36 route de Chamblet à Commentry par des policiers allemands dont une partie étaient en uniforme ». Il « a dû être torturé par le SD et sans doute a-t-il parlé, car une opération était déclenchée par les allemands [...] ».

Ainsi le 22 juillet, l'historique du camp Müller-Chancot indique que les 1er, 3e et 9e groupes du camp Müller combattent 200 allemands, apparemment du SD de Montluçon, de 6 heures du matin à 9 heures du soir au lieu-dit Chabanson, au sud des Rémorêts, sur la commune de Commentry là où se trouvait leur campement.

La maison du responsable local du Polskeigo Komitetu Wyzwo-Liena Niepodleglosciewy (Comité Polonais de la Libération Nationale), est investie par la Police : le responsable local du comité, Boleslas SKWERES dit « Jantout », également chef du 5e groupe du camp Müller-Chancot et CT du campement du Chabanson, est abattu par les allemands. Son corps sera retrouvé près de la grange située au Chabanson qui servait de campement aux FTP : « examinant attentivement le cadavre, constatons que les mains sont à l'intérieur, écorchées. La jambe [droite] porte une blessure. La jambe gauche paraît brisée. La boîte crânienne a éclaté et se trouve complètement vide ».

Rapport de police du 24 juillet 1944

Rapport de police du 24 juillet 1944

Lors des même opérations, le FTP Casimir JAKUBOWSKI dit « Hardis » (28 ans) sera blessé par balle au bas du ventre au cours des combats.

L'expédition des allemands avait pour but de capturer Casimir CUPIAL, un des membres fondateur du camp Müller et CO du campement du Chabanson.

Casimir CUPIAL, mort au combat le 23 juillet 1944

Casimir CUPIAL, mort au combat le 23 juillet 1944

Le 22 juillet, un peu avant huit heures, un groupe de militaires appartenant à une formation allemande qui effectuait une opération contre le maquis, ont cerné la maison de la famille CUPIAL Anastasie, sise aux Remorêts de Commentry. Mr CUPIAL, qui appartenait à une formation de résistance dont le camp se trouvait à « Chauvet » [le camp Chauvet du Châtelard] près d'Ebreuil (Allier), réussit à s'enfuir par une fenêtre. Madame CUPIAL née HOLOWKA Anastasie résista en lançant des grenades sur les assaillants. Arrêtée, elle et sa fillette alors âgée de 5 ans, furent amenées à Montluçon. Plus tard, la fillette fut remise à une de ses tantes, Mme CUPIAL née JANOS demeurant à Commentry

Rapport de police du 24 septembre 1946

Un rapport des RG indique que vers 7 heures, un « échange de coups de feu a eu lieu […] entre le ressortissant polonais CUPUAL (sic!) et les occupants de deux automobiles et d'une moto comprenant des militaires et des civils allemands venus pour l'arrêter à son domicile. On ignore qui a été atteint par les balles, mais une flaque de sang existe dans la cour ». Une attestation de Jacques DUPUY dit « Georget » note que Casimir CUPIAL « se dégagea en combattant héroïquement à la grenade et au revolver et extermina huit boches ». Au cours de l'opération, les allemands arrêtent 8 personnes, dont Anastasie HOLOVKA qui sera exécutée le lendemain à Echassières. Casimir CUPIAL sera tué lors des combats du 23 juillet, apparemment à la tête d'un groupe de 10 hommes du camp Müller-Chancot.

Extrait de l'Echo de la Sioule du 16 septembre 1944

Extrait de l'Echo de la Sioule du 16 septembre 1944

Le soir du 22 juillet cinq FTP du camp Chauvet mènent de nuit une action contre les allemands à Commentry au cours de laquelle ils perdent deux hommes : Bolestan RWEIS (s'agit-il d'une déformation orthographique du nom de Boleslas SKWERES?) et KARTZ dit « Thomas ».

Deux opérations qui ont eu lieu à Commentry le 22 juillet sont sûrement à relier aux différents événements sans que nous ayons pu avoir plus de détails : « Le 22 juillet, vers 19 heures, trois individus armés se sont emparés sous la menace de leurs armes, d'une somme de 100.00 F à la poste de Commentry. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, un attentat par explosifs a été commis contre le transformateur du dépôt de la SNCF ».

Les FTP du camp Müller-Chancot, malgré ce coup dur (perte de trois membres de la direction d'un campement) continuèrent le combat et les opérations de sabotages. Le camp participa à la libération de Montluçon (qui fera l'objet d'un article plus spécifique).

Mots clés : Commentry ; Polonais ; Résistance ; FTP-MOI ; juillet 1944 ; camp Müller-Chancot ; maquis

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